fascinants larcins et transes postales

NobleSauvage.com a pu se procurer en exclusivité le texte qui pourrait animer l’été littéraire. Un petit opuscule, publié par un éditeur niçois, qui met en scène un facteur voleur de courrier, un écrivain raté, un voisin dérangé. Cet « Anonyme » comme l’indique la couverture de l’ouvrage, a-t-il sévi dans vos parages ? Avez-vous été victime de ce facteur nauséabond et à la main aussi légère que la plume ?

Réalité ou fiction ? Derrière l’auteur, anonyme, se cache peut-être le facteur-voleur dont la plongée en enfer est contée dans cet ouvrage… Ce postier nostalgique des exploits de Mermoz, virtuose de l’Aéropostale, et de Cheval, facteur et bâtisseur, commence par le vol inoffensif de quelques lettres, dans lesquelles il espère trouver une inspiration qui le déserte. Ecrivain raté et postier malsain, il ne sait pas encore où, ni comment, vont s’arrêter ses larcins… Ces missives dérobées sont le fil conducteur d’un récit qui va vite perdre sa logique pour suivre le facteur dans les méandres de sa folie… Tout au long du livre, les commentaires de ce marginal sont entrecoupés par la retranscription des lettres qu’il « emprunte ».
Tout commence donc par le vol de la lettre reproduite ci-dessous, apparemment bénigne. Apparemment, seulement…

Je t'écris sans savoir ce que je dis. J'écris sans toi. Tu me laisseras parler ou tu souriras pour mieux te détourner. Tu es parti sans laisser de toi qu'une vieille adresse. J'ai réussi à retrouver ta trace par Camille, mon ex-meilleure amie. Curieux comme tes vieilles accointances me servent, finalement… Tu vis sans doute avec l'une de celles que tu aimes harponner. Un soir en boîte. Une nuit au lit. Dix ans que ton manège dure, et tu l'as molle, de plus en plus, je le confirme, " post mortem ". Je ne viens pas tenter de te récupérer, je me suis déjà épuisée dans cette tâche. Elle n'en vaut pas la peine de toute façon. Je ne viens pas donner des nouvelles de Camille, tu la vois assez souvent (le week-end n'est-il pas trop chargé avec toutes tes soubrettes ?) Je ne viens pas quémander le petit meuble d'angle. Garde-le, son tiroir doit t'être pratique pour tes numéros de téléphone insérés à la va-vite dans des coins obscurs sur des genoux en lycra. Ni d'amour, ni d'enfant, ni d'objet donc. Point de trace de ton sale Toi. Ou plutôt si, juste un souci matériel dont je viens de me délester : te souviendrais-tu d'un cercle couleur or, un anneau fin enfilé le 2 septembre 96 ? Je l'ai passé de l'annulaire à l'index, de l'index au pouce sans succès, et je l'ai rangé, et ressorti. Et je me suis dit : " A quoi bon ? ! " Le petit bijoutier de l'angle m'a été d'un grand secours, il m'a conseillé une " bonne adresse ". Là-bas, ils ont accepté l'alliance et me l'ont rachetée pour 495 euros. Tu seras heureux de l'apprendre, j'en suis sûre. Tu t'échanges à 495 euros. Et moi qui croyais que tu valais zéro ! 495 euros. En tout et pour tout.
B.


Et 32 autres lettres, hâtivement volées mais soigneusement recopiées – accompagnées des commentaires du facteur – suivent celle-ci, rythmant un récit qui va du simple au larcin au crime inimaginable…

lire aussi la critique littéraire de Karine Gélébart dans notre rubrique « Le Marque-Pages »

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